Alors, disons-le maintenant. Je n’y suis pas encore. Mais alors pas du tout. Car pour être une future daronne qui déchire, il faut à mon avis s’abstenir de s’endormir partout, à n‘importe quelle heure (entre le début de mon texte et cette phrase, j’ai fait une sieste). Arriver à penser assez clairement pour ne pas partir sans ses clés ou sa CB. S’abstenir d’emprunter la brosse à dents de sa soeur après des nausées. Puis vouloir lui rendre, pleine de bonnes intentions.

Non, je ne suis pas encore une future daronne qui déchire. Et je recherche la potion miracle qui me permettra de continuer à monter ma boîte en pleine période de sans-énergie-sans-sexe-sans-manger.

« Mumpreneur »

Malgré tout, la “mumpreneur” sommeille en moi. Celle qui arrive à tout faire, avec succès. Elle fait rentrer des sous dans sa boîte, moulée dans un legging pendant une séance de pilates. Accrochée à son téléphone, elle parvient à commander des couches sans polyacrylate de sodium tout en complétant ses tableaux Excel.

La “mumpreneur” est en moi, je la sens. Elle est juste très, très, très endormie.

Je suis enceinte de 13 semaines. Je travaille le soir et le dimanche pour une boîte florissante afin d’avoir de quoi vivre et réaliser mon rêve. Monter mon média. Devenir la rédactrice en chef et la fondatrice d’un magazine pour jeunes femmes. Pas celui qui vous dira comment maigrir pour tout “déchirer” avant l’été (c’est bien connu, tout déchirer, c’est forcement être belle et bien foutue).  Non, je veux être à l’initiative du média qui encourage toutes les femmes à oser, et qui les aide à se sentir libres. Avec une tête bien remplie, en bonus.

Me mettre la pression 

Pour cela, il faut écrire des articles. Chercher son business model. Traquer les financements. Remplir des dossiers, et envoyer des mails. Chercher une table à langer pliable et un lit pour bébé d’une taille acceptable pour un F2. Et de temps à autres, me mettre la pression (je ne peux pas m’en empêcher) pour me rappeler que le mois de Januhairy (défi du mois sans s’épiler, ndlr.) est maintenant terminé et que les poils sur mes jambes relèveront du challenge annuel si ça continue. Tout en laissant assez de force à mon corps pour qu’il puisse continuer à créer une vie.

Alors je lutte un peu. Beaucoup. Contre mes envies de me lever à 11 heures. Les envies de me coucher à l’horaire susdit. C’est à dire 11 heures. L’envie de lâcher mon job alimentaire, ou celle d’arrêter mon projet. Celle de régurgiter sur cet individu dans le métro qui n’a, à tort, pas jugé bon de prendre une douche ce matin. Ou encore sur mon copain qui tient absolument à brûler cette bougie vanille boisée dans l’Appartement quand mon odorat est exacerbé. Je lutte aussi pour oublier l’angoisse qui débarque quand je pense à mon découvert abyssal à la banque.

« Femmes, mamans, championnes »

Je pense à cette confiance en moi sur laquelle il est indispensable de compter. Et me rappelle qu’il est temps de la consolider, car nous sommes maintenant deux, voire trois à compter sur elle. “Nous sommes femmes, mamans, championnes” m’a un jour dit la joueuse de l’équipe de France de handball Allison Pineau, lors d’une interview à propos des sportives.

Des mots qui me parlent. A défaut de remporter la médaille de la daronne qui déchire, j’espère pouvoir un  jour concourir dans la catégorie des mamans balèzes. Celles qui ont osé, et pourquoi pas réussi.

Ann-Laure Bourgeois