« Un sourire n’est pas un oui. Une minijupe n’est pas un oui. Si elle est saoule, si elle est mineure, si elle dit non, si elle n’a pas dit oui, et si vous l’attrapez par surprise, alors c’est non. C’est une absence de consentement. Et c’est un viol. » – Marlène Schiappa, Où sont les violeurs, essai sur la culture du viol (Ed. L’aube, 2017).

Parce que  s’informer est aussi précieux que nécessaire. Mais aussi parce que malheureusement, l’actualité (inhérente à cette revue de presse mensuelle) nous le permet, nous avons décidé d’évoquer longuement le sujet. Exceptionnellement donc, cette revue de presse du mois de mars sera publiée en 2 parties (#1 et #2).

La honte doit changer de camp

De plus en plus de victimes de viol sortent du silence. Parmi elles, des plus connues que d’autres (Jane FondaAgnes B, l’écrivaine Sylvie Le BihanLady GagaFlavie Flament, la comédienne et danseuse Andréa Bescond). Mais aussi bons nombres d’anonymes, hommes et femmes. Une quantité de témoignages pour ce seul mois de mars.  Des confessions empreintes de force et des visages, si admirablement à découvert.

Mais « pourquoi, alors, cette série de confessions médiatiques ?« , s’interroge Albertine Bourget dans son brillant article pour Femina. Et bien « peut-être parce que la présomption de culpabilité entretenue autour des femmes victimes d’agressions sexuelles s’est banalisée« .

BIM. Ça fout une sacrée claque de voir la réalité en face.

Sur le site du Parisien ce 18 mars, on apprenait l’acquittement général de sept accusés dans une affaire de viol collectif sur mineur. Un verdict affligeant qui a fait réagir jusqu’au États-Unis.

« Pour ces 7 garçons de 15 à 17 ans […], avec sa réputation de fille facile, l’adolescente ne pouvait pas se refuser à eux ». L’argument de défense est minable, pourtant c’est lui qui l’a emporté. Du haut de ses 14 ans au moment des faits et selon la justice, c’était à elle de dire non. Pour 20minutes cette  « affaire met en lumière la difficulté de prouver l’absence de consentement dans les affaires de viol« .

Le verdict a été contesté, ce sera maintenant aux Assises de trancher. En revanche pour la jeune victime c’est déjà la double peine. Et c’est à une 3ème guerre qu’on l’envoie.

En Italie aussi c’est la victime qui aurait dû réagir. Ce 26 mars, L’Express a mis le doigt sur du lourd : « Un homme accusé d’agression sexuelle acquitté car sa victime « n’a pas crié« . « Je n’ai pas utilisé la force et la violence » car j’avais « peur » a dit la victime présumée lors de son audience. Le juge, lui, a estimé qu’elle n’avait pas montré « l’émotion d’une violation de sa personne » .

Le 29 mars, toujours dans L’Express : « Accusé d’agression sexuelle, il est acquitté car il n’a « pas pris de plaisir« . Les faits ce sont passés dans l’état du Veracruz, au Mexique.

On en rajoute ou pas, avec le viol conjugal ? De ses victimes qui ignorent même, pour la plupart, que ce qu’elles ont subit est un crime ?

Très relayé via Facebook ces derniers jours, le court métrage de Chloé Fontaine va très loin. Certains diront même trop.

Le réel intérêt de ce film réside surtout dans sa capacité à soulever le débat. En ça, la qualité des échanges de commentaires publiés sur la page Viméo qui héberge le film nous a agréablement surprise.

N’empêche qu’on finit par le croire, Gilles Lazimi, lorsqu’il dit que « le viol est le crime le plus toléré par la société« . Ce médecin, actuel coordinateur d’une campagne du Collectif féministe contre le viol (CFCV), est catégorique. « Tant qu’il y a des préjugés, tant qu’on ne punit pas les viols tels qu’ils devraient l’être, des femmes vont encore souffrir pendant des années et des années. »

1 pas en avant, 3 pas en arrière

Dans cet entretien pour Le Monde, l’avocate Isabelle Steyer évoque elle ce problème de fond : la requalification de viol en « violence sexuelle » à laquelle la justice a souvent recourt. La réelle raison ? « Par soucis de gestion rapide et à moindre coût« , tout simplement.

Selon elle, il faudrait reconsidérer toutes les étapes, à commencer par le dépôt de plainte qui ne doit pas être reçu de façon culpabilisante ou pire, être incompris. « Si chacun des intervenants est formé on parvient à construire un dossier solide« .

Dossier solide, accusation renforcée. À la clef, peut-être un jour, une meilleure prise en compte des répercussions psychologiques et donc de la gravité de l’acte commis par le violeur (ou la violeuse).

On dit oui. La formation à la prise en charge des victimes est une piste formidable pour bâtir des procès plus justes. Mais qui s’en occupe ?

Au Canada, « la Chambre des communes a convenu à l’unanimité d’accélérer l’adoption d’un projet de loi […] qui exigerait aux juges en devenir de suivre des cours sur le droit en matière d’agression sexuelle« .

« En ce qui a trait à la manière avec laquelle notre système de justice traite des affaires d’agression sexuelle, nous devons tous nous rassembler et dire : « Nous croyons les survivantes« . Voilà ce que l’on a pu entendre du chef du Nouveau Parti Démocrate, Thomas Mulcair. Il se trouve qu’il s’agit même d’une des rares causes qui obtient « un tel soutient unanime « .

Exemplaire.

Pourtant là-bas aussi il y a un « mais », et la presse n’y est pas étrangère. En témoigne ce post du Planning Familial de Paris, publié ce 29 mars :

[VIOL] Préparez vous, si vous êtes alcoolique ou drogué-e , Le Journal de Montréal trouve qu'on peut vous violer. Si vous avez 15 ans, c'est pareil.

Publiée par Le Planning Familial de Paris sur Mercredi 29 mars 2017

 

Oui ce mois-ci on l’a mieux compris, la parole de Marlène Schiappa a un sens, la « culture du viol » existe bel et bien.

Hélas, sous toutes ses formes allègrement enracinées.

 

CG.

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